Nous savons qu’une majorité de français est opposée à l’entrée de la Turquie mais la volonté d’un peuple compte-elle vraiment lorsque l’on sait que le Conseil européen (qui n’est autre que la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement) a ouvert le 3 octobre 2005 les négociations d'adhésion avec la Turquie ?
Cette question s’adresse en particulier à M. Jacques Chirac qui
s’est déterminé contre l’opinion publique et sa majorité.
l'Union européenne s'est d’ailleurs montrée incapable d'exiger, en préalable à l'ouverture des négociations, que le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, reconnaisse Chypre, pourtant membre de l'Union européenne, et le génocide arménien conditions avancées naguère par le Parlement européen.
Il ne s’agit nullement de faire un réquisitoire mais d’établir un certain nombre de constats et de vérités et d’en voir les conséquences.
Sur le volet économique, l’entrée de la Turquie va déséquilibrer encore un peu plus l’économie européenne.
Les mécanismes économiques européens ont théoriquement été conçus pour des pays homogènes.
Or nous avons au delà de la vitrine d’Istambul un pays à dominante agraire sur la majeure partie du territoire et qui emploie 1/3 de la population active.
Qu’a cela ne tienne me direz vous puisque elle reçoit depuis plusieurs années des centaines de millions d’euros d’aide de pré-adhésion. Elle se mettra à niveau.
Mais à quel prix pour l’Europe !
L’autre problème est que l'économie turque est très criminalisée : le chiffre d'affaire généré par le trafic de drogue représenterait un huitième du PIB!
La Turquie est un pays de transit de stupéfiants et la libre circulation n’arrangera pas les choses.
Géopolitiquement quelles sont les conséquences d’une adhésion de la Turquie ?
Tout d’abord, elle favorisera l’inféodation de la France et de l’Europe aux Etats-Unis. L’entrée de la Turquie renforcera en effet le poids de l’OTAN dont elle est un membre important dans l’Union européenne ce qui aura pour conséquence la domination de la politique étrangère américaine. Or, les intérêts français et européens ne se confondent nullement avec ceux des États-Unis.
En outre, La Turquie possède des frontières avec des pays du proche orient : l’Irak, la Syrie et l'Iran et les sources de tensions sont nombreuses :
Tensions qui seront les nôtres demain si la Turquie rentre dans l’Europe :
Pour reprendre les propos de M. Jean-Paul Bled, lorsque nous nous opposons à l’entrée de la Turquie, nous ne versons pas dans l’idéologie du choc des civilisations, nous prenons acte du fait que la Turquie n’est tout simplement pas un État européen.
La Turquie s’est d’ailleurs construite contre l’Europe et a fait peser sur elle une menace mortelle : prise de Constantinople, conquête des Balkans, guerres de libération des peuples Hongrois, Croates, Grecs, Serbes…
Sur le traitement des minorités, la Turquie n’a cessé d’oppresser les Kurdes, Assyro-Chaldéens, Grecs, Juifs, Alévis, Arméniens…. Aujourd’hui réduites à une peau de chagrin, ces minorités continuent de subir un traitement discriminatoire de la part des autorités turques en les reléguant à un statut de citoyens de seconde zone.
Non contente elle falsifie l’histoire : La Royal Academy de Londres à présenté en 2005 une importante exposition intitulée « Turcs : un voyage de mille ans, 600-1600 » destinée à présenter et expliquer le développement culturel et artistique des Turcs. Le visiteur apprend ainsi qu’au cours de leurs migrations nomades, les Turcs auraient assimilé pacifiquement les différentes cultures qu’ils auraient rencontrées. Quid de l’anéantissement des peuples autochtones ? On ne saura guère. Dissimulations, usurpations et mensonges d’Etat seront utilisés pour désinformer le public.
Le visage de la Turquie d’hier et d’aujourd’hui n’a pas varié d’un iota. Dans la mesure où la question territoriale est étroitement liée à la question culturelle, elle s’emploie aujourd’hui à détruire le patrimoine culturel des civilisations qui peuplaient naguère le territoire de l’actuelle Turquie.
Au fond, l’objectif de la politique turque reste inchangé. Réaliser le panturquisme c'est-à-dire la continuité territoriale et l’unité du monde turc qui compte quelque 250 millions de personnes.
Pour ce faire, les méthodes employées sont les mêmes depuis des siècles : épuration ethnique, détachement, expulsion et extermination des différents peuples non turcs.
Enfin et sur un sujet d’actualité j’évoquerai ce qui s’est passé à Lyon le 18 mars dernier:
3000 manifestants turcs ultranationalistes ont battu le pavé au pied de la statue de Louis XIV dans une ambiance surréaliste.
Ces adorateurs de Talaat Pacha étaient venus afin de s’opposer à l’édification d’un mémorial dédié au génocide arménien en le profanant et en scandant des propos négationnistes.
Ankara pilotait bien sûr cette manifestation car comme à Berlin, elle s’inscrivait dans un plan ou la négation est devenue la priorité numéro un de sa politique étrangère selon les propos mêmes du ministre des Affaires étrangères Abdullah Gül.
Le négationnisme est d’ailleurs institutionnalisé par l'art. 305 du nouveau code pénal turc qui prévoit de 3 à 10 ans de prison quiconque s'exprimera sur l'occupation de Chypre ou sur le génocide des arméniens, cela sous couvert de sécurité de l'Etat.
C’est la raison pour laquelle il faut une loi en France qui sanctionne pénalement le négationnisme de l’État turc. Imagine t-on dans l’Allemagne actuelle un mausolée en mémoire d’Adolf Hitler ?
Le mausolée de Talaat Pacha maître d’oeuvre du génocide arménien s´élève pourtant sur la Colline de la Liberté à Istanbul ainsi que celui de Mustafa Kemal qui a parachevé l’extermination et a fait massacré les grecs une dernière fois en 1922 à Smyrne.
C’est ce que semble méconnaître, Ségolène Royal, éminence grise du parti socialiste qui déclarait le 7 avril 2004 "Je pense qu'on ne peut pas dire non à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Pourquoi prendrait-on les Grecs et pas les Turcs ?".
Alors, devant tant d’ignorance et de médiocrité, il faut résolument sanctionner une classe politique indigne de notre confiance. Nous ne saurions que trop la conseiller de lire et relire l’histoire pour penser l’avenir.
Malgré le non au référendum sur la Constitution européenne qui ouvre la voix à l’entrée de la Turquie, le vote des français est une nouvelle fois bafouée par le camps des fédéralistes.
Jacques Chirac en porte une lourde responsabilité et nous promet un référendum dans 10 ou 15 ans qui n’est qu’un leurre visant à supprimer tout débat sur cette question.
Entrons donc en résistance et opposons-nous afin que la Turquie n’obtienne pas aujourd’hui par la voix politique ce qu’elle n’a pu conquérir par la force et la barbarie.