"MAGOUILLES ET TRIPATOUILLES"
OU COMMENT LES ELUS VOUS EMBROUILLENT

Le peuple a la naïveté de se croire souverain. Il en puise la certitude dans la déclaration fondatrice de la République le 26 Août 1789 laquelle stipule, dans son article 6 :

"La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont le droit de concourir, personnellement ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle "protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens étant égaux, à ses yeux, sont également admissibles "à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que "celle de leurs vertus et de leurs talents. "

Ce texte est clair, net et précis. Tous les citoyens sont égaux en droit. Il en résulte que des distinctions applicables aux uns et pas aux autres sont interdites par ce texte fondamental des institutions de la République.

Ajoutons que les règles de la démocratie, dont tant de politiciens dévoyés se prévalent abusivement, respectent aussi ce principe d'égalité puisque c'est la majorité en nombre, et non en qualité, qui établit le choix du peuple tant en ce qui concerne ses élus que sur les textes qui lui sont soumis.

La Constitution du 4 Octobre 1958, qui instaure la Cinquième République, confirme cette disposition sous le Titre premier "de la souveraineté", il est stipulé :

"Art. 2 - Le principe de la République est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. "

"Art. 3 - La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice."

Ici encore le principe est indiscutable. C'est le peuple seul qui est souverain. Seul l'exercice de la souveraineté peut être délégué à ses représentants.

Il peut être facilement démontré qu'au moyen de truquages, de magouilles, de tripatouillages, le peuple a été, en fait, dépouillé de sa souveraineté au profit d'élus qui, se prenant pour des êtres d'essence supérieure, ont décidé d'écarter le souverain de toutes les décisions qui conditionnent sa vie sociale, culturelle, politique.

LE PEUPLE ECARTÉ DU CHOIX DES CANDIDATS A L'ÉLECTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Alors que, dans son principe, le choix du Président de la République s'identifie dans la rencontre d'un homme et d'un peuple à un moment de l'histoire, les élus ont décidé de mettre fin à cette règle fondamentale.

Invoquant la nécessité d'écarter les candidats farfelus, pouvant perturber le sérieux de l'élection, les élus ont, en fait, organisé l'élimination des candidats pouvant les supplanter lors des élections.

Alors que le sérieux d'une candidature ne peut résulter que de l'opinion des électeurs, ils ont décidé de transférer ce choix aux élus eux mêmes.

Ne seront, de ce fait, trompés, que ceux qui veulent bien l'être et qui font semblant de croire, à cette billevesée.

A l'occasion des nombreuses élections, le peuple souverain a exercé ses choix, a montré quels étaient ceux et celles en qui il avait fait confiance pour les représenter.

C'est ainsi que, d'élections en élections, des partis politiques, ne faisant pas partie l'oligarchie bicéphale, ont recueilli des suffrages supérieurs à 5 %, à 10 % et à 15 %. Lors de la dernière élection présidentielle, l'un des candidats, menacé de ne pas pouvoir se présenter, a pourtant recueilli 19 % des suffrages et a été sélectionné pour être au deuxième tour de l'élection de 2002.

Le moyen utilisé par ces faux démocrates, qui dirigent le pays depuis trop longtemps, a été de transférer aux élus les parrainages des candidats.

Dans le même temps, les partis de l'oligarchie bicéphale ont fait savoir, à leurs élus, qu'ils interdisaient tout parrainage autre que le candidat désigné par eux.

Quant aux autres, on leur a fait savoir que leur choix serait porté sur la place publique et que toutes subventions des Conseils Généraux et Régionaux leurs seraient supprimées. Certains mêmes, plus totalitaires que les autres, ont proposé de porter de 500 à 1.000 le nombre des parrains. Gageons que, tôt ou tard, ils décideront que seuls les élus U.M.P.S. seront autorisés à désigner les candidats.

Peut être même en arriveront-ils à instituer l'alternance sans vote : 5 ans pour l'U.M.P. puis 5 ans pour le P.S.. Allez savoir ce qu'ils sont capables de concocter encore pour garder leurs privilèges, leurs prébendes, leur pouvoir de distribuer charges, offices, décorations, privilèges de toutes natures.

LES CITOYENS NE SONT PLUS EGAUX

Si le choix des candidats pour l'élection présidentielle a été transféré aux élus, ces derniers doivent, eux mêmes, être désignés, non par les électeurs, mais par les dirigeants des partis oligarchiques.

Ce sont ces dirigeants, grands manipulateurs de l'opinion, qui désignent les candidats en choisissant, de préférence, les plus accommodants, les plus complaisants et quelquefois les plus corrompus. Combien de candidats investis ont déjà été condamnés pour des faits crapuleux ? Le peuple, aveuglé, vote alors pour eux en croyant qu'ils se sont assagis, ce qui est faire preuve de beaucoup de naïveté ou de crédulité.

Ces mêmes dirigeants de l'oligarchie choisissent aussi ceux avec qui ils pourront s'associer car partageant les mêmes valeurs, j'allais écrire les mêmes voleurs.

Mais cela n'était pas suffisant pour s'assurer un contrôle exclusif des collectivités locales et surtout des importants fonds publics en augmentation perpétuelle et dans lesquels on peut puiser, à discrétion, pour avantager telle ou telle partie de la population.

A - Pour les élections communales

La liste arrivée en tête se voit attribuer avant toute répartition proportionnelle 50 % des postes à pourvoir.

Prenons un cas simple mettant en compétition deux listes. L'une obtient 50 % des votes plus un et l'autre 50 % des votes moins un. La première liste recevra 75 % des postes à pourvoir et l'autre 25 %. C'est à dire que le vote d'un électeur de la première liste vaudra trois fois plus que celle d'un électeur de la seconde liste. Bravo pour l'égalité prévue par l'article 6 de la déclaration de 1789.

B - Pour les élections régionales

Pour cette élection, la prime, en faveur de la liste arrivée en tête, n'est que de 25 %. Si l'on reprend le même exemple que ci-dessus, avec 50% des voix plus une, la première liste aura les 2/3 des postes à pourvoir et la seconde 1/3 seulement. C'est dire que le vote de chaque électeur de la première liste vaudra deux fois plus que celle de l'électeur de la seconde liste.

Bravo pour cette application particulière des règles de la démocratie.

A quoi a abouti ce système de vote anti démocratique, à faire des deux principaux concurrents des ennemis déclarés.

Ce que propose l'un est violemment combattu par l'autre et inversement. Les antagonismes s'exacerbent et l'on fait appel au pouvoir de la rue qui fait de la violence le moyen de corriger les abus de la loi.

Lorsqu'il y a répartition des sièges, la nécessité existe de composer pour réunir une majorité. Ce sont les réalités qui prennent le pas sur les idéologies.

Le droit d'amendement, prévu par la Constitution, revêt sa plus grande efficacité car, pour faire adopter un texte, la majorité relative devra consentir des améliorations du texte. Le recours à des manifestations violentes n'est plus nécessaire.

Il est facile de comprendre pourquoi les électeurs font de moins en moins confiance à leurs élus qui ont trop tendance à se croire supérieurs au commun ces mortels.

Il faut en revenir aux règles fondamentales de la République et aux principes de la démocratie. C'est le peuple qui est souverain. Chaque électeur a le même droit de désigner ses représentants au suffrage proportionnel dans toutes les élections.

Les pratiques discriminatoires ayant pour objet de dévaluer certains des votes exprimés doivent être interdites.

Pour le Comité Provisoire de Direction
Pierre DESCAVES


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