Molière et le " grand mamamouchi ", François I et la " sublime porte ", Constantinople, Vienne et quelques dates est-ce là tout le bagage historique proposé aux français pour qu'ils acceptent la " vocation européenne " de la Turquie ?
Rien ou presque sur la première moitié du XXème siècle dans la grande presse sinon une figure mythique inspirée par la philosophie des lumières présentée comme un passeport : Mustapha Kémal, et la Turquie devient fréquentable, plus même, un modèle pour Chirac.
1 - Durant le premier conflit mondial, la Turquie de l'Empire Ottoman fut l'alliée de l'Empire Allemand de Guillaume II:
Déjà avant 14 - 18, ce sont des officiers allemands qui forment le corps spécial de la gendarmerie et surtout servent d'instructeurs à l'armée turque, notamment Moltke mais surtout Von der Goltz et Liman von Sanders qui commanderont des armées turques de 1914 à 1918.
Ils y insuffleront les vertus guerrières de la Prusse et ainsi contribueront à la formation de la caste militaire incarnée par le général Mustapha Kémal ; caste dont le poids reste essentiel et où l'islam fait tous les jours de nouvelles recrues.
L'épisode qu'il est désagréable d'occulter est celui de l'expédition des
Dardanelles (1915) :
L'objectif de Winston Churchill était de forcer la Turquie à sortir de la guerre et
de communiquer avec notre allié le tsar de Russie Nicolas II.
Cette expédition franco-anglaise fut un échec malgré l'héroïsme de nos
soldats (27 000 victimes à la bataille de Gallipoli) contre les turcs commandés
par le général allemand Liman von Sanders et par Mustapha Kémal.
Mais que cherchait l'empire Ottoman de Mehmed VI ? Simplement, construire une Europe Nouvelle, avec la complicité des allemands. Le même projet qu'aujourd'hui, avec comme tuteur inconditionnel le chancelier .Gerhardt Schroeder, qui accorde le droit de vote aux turcs pour 2006.
2 - Bilan de la guerre : le traité de Sèvres (10 août 1920)
impose au Sultan le contrôle de la Turquie par les alliés, et le morcellement de l'empire, lui laissant peu de chance de survie.
Kémal refuse la défaite et lutte contre les occupants et les défaitistes. Il entreprend de construire un état national turc, proclame l'intégrité et l'indépendance des territoires de l'ancien Empire Ottoman, s'entend avec la Russie Soviétique (Moscou 16 mars 1921) et obtient le retour à la Turquie de Kars, Ardahan et Artuin.
En 1921, il fait reculer l'Italie qui renonce à occuper Antalya et Konga. De même, la France renonce à occuper la Cilicie et cédera plus tard Alexandrette.
L' armistice de Mudanya (11 octobre 1922) organise le retrait de toutes les troupes étrangères, met fin à " la guerre d'indépendance " et surtout donne naissance à la Nouvelle Turquie.
Encore une fois, arméniens et kurdes sont abandonnés par les alliés.
Mustapha Kémal triomphe et gouvernera grâce au CHP, parti républicain du peuple, parti unique, qui lui accorde un pouvoir absolu. Plus tard, II se fera appeler "Ataturk" (père des turcs) comme un autre dictateur sanglant Joseph Staline, " petit père des peuples ".
Il signe d'ailleurs un traité d'amitié avec les soviets en reconnaissance de l'aide apportée en 1920 - 22 (traité de Moscou 1925).
Il se fit l'ami de tous ses voisins pour avoir la paix et le temps suffisant pour créer une Turquie modernisée, ultra militarisée sur le modèle Prussien Kemal a donc réussi à effacer son statut de vaincu, les conséquences du traité de Sèvres, à restaurer L'Empire Ottoman dans un climat pan-turc, ultranationaliste. De vaincu, il devient le sauveur de l'empire grâce à la faiblesse des alliés et de la France en particulier.
Au même moment en Allemagne, un mouvement analogue s'organisait : " les casques d'acier " (Stalhelm) fondé par des irréductibles, anciens combattants, qui refusaient la défaite, la fin de l'Empire Allemand et l'occupation du territoire. Plus tard, cette formation facilita l'accès au pouvoir d'Adolf Hitler ;
Il est possible de faire un parallèle entre ces deux destins : nouvelle culture, rationalisme, propagande, nationalisations, mesures anti-religieuses, interdiction des ordres et des confréries, pureté de la langue, économie sous le contrôle de l'Etat : banques, chemin de fer ; bons rapports avec les voisins y compris l'URSS pour refaire ses forces : voilà la Turquie des lumières...
3 - La deuxième guerre mondiale : une neutralité bienveillante pour Hitler.
Il suffit de rappeler que la Turquie déclara la guerre à l'Allemagne en février 1944 et au Japon de façon symbolique le 23 février 1945, juste pour lui permettre de participer à la création des Nations Unies et d'entrer à l'OTAN. En même temps, elle put bénéficier du plan Marshall et d'une assistance militaire. Les USA pensaient ne pas avoir le choix pour contenir la poussée soviétique. Ainsi les turcs réussirent à se sauver et à se renforcer, alors qu'ils étaient hors jeu, devenant les alliés privilégiés des Etats Unis.
En réalité, pendant le second conflit mondial, la Turquie fit de très nombreuses concessions à l'Allemagne nazie. Ankara grouillait d'espions au service de Berlin.
Les soviets n'en furent pas dupes et mirent fin à leurs " bonnes relations " avec Ankara.
Ils surent imposer aux turcs la cession des provinces de Kars et d'Ardahan et l'établissement d'une base militaire soviétique dans les détroits contre des relations de bon voisinage.
En conclusion, il est bien exact de dire qu'il y a toujours eu une diplomatie très active entre quatre grandes puissances : l'Allemagne, l'Italie, le Japon et la Turquie, quel que soit le réalisme politique du moment.
Presque toujours à l'initiative des premiers, ce qui explique l'attitude de nos voisins transalpins et d'outre-rhin, favorables à la Turquie.
En cas de victoire de l'axe Rome-Berlin-Tokyo quel devait être le rôle de l'Empire Ottoman ou de la République Turque ? la réponse est sans doute dans les archives des chancelleries.
Les explications se situent dans la géographie, l'histoire, la démographie, la mentalité des peuples, dans leurs convictions philosophiques et religieuses, et leurs Intérêts stratégiques.
Hélas, il y a bien longtemps que les français ne s'intéressent plus vraiment à te géopolitique.
Ils préfèrent les fumées des droits de l'homme, vision abstraite et déracinée de l'universel, telle que la France l'a promue durant ta révolution de 89. toujours en devenir, et les idéologies réductrices.
De la mémoire, de la mémoire, avant toute décision !
L'empire turc est homogène, c'est une nation qui connaît son histoire, elle a donc un avenir.
L'Europe, la France sont menacées par le communautarisme qui les
neutralise ; Elles oublient leur histoire, refusent leur passé, n'ont donc
pas de projet et donc pas d'avenir.
En fermant la porte à DIEU :
Les Européens ont favorisé l'entrée d'Allah.
19 juin 2004 : en apprenant que la référence chrétienne disparaissait de la future constitution, le ministre turc des affaires étrangères a déclaré : " C'est une bonne constitution qui remplit les attentes de la Turquie ".
18 décembre 2004 : au retour du sommet de Bruxelles, Erdogan. 1er ministre turc déclare : " A la suite d'une lutte au corps à corps, la Turquie a pu obtenir ce qu'elle désirait " tandis que 100 000 turcs hurlaient : " Vive Erdogan, le conquérant de l'Europe ".
Les turcs seront toujours des turcs et les français toujours tentés par Munich c'est-à-dire par la résignation et la capitulation.
Voilà le XXIème siècle qui commence, les traditions sont respectées.