Lecteur de la NRH depuis le premier numéro, je tiens à vous féliciter pour le dossier «De la colonisation à l'immigration», le meilleur de tous à mon avis. Et pourtant, à chaque fois, il semble difficile de faire mieux. Tout est passionnant, l'éditorial poignant, ce qui est dit de la colonisation, la mise au point sur l'esclavage, l'impeccable analyse des émeutes des banlieues et les deux articles vraiment terrifiants sur la démographie. Surtout celui de M. Chauprade. Imparable, rigoureux, avec des chiffres qui donnent froid dans le dos. Je vous félicite d'avoir eu le courage d'affronter ainsi la réalité. En même temps, on se sent tellement désespéré, tellement impuissant devant ce qui est montré comme inéluctable. Dans la présentation de l'article, vous écrivez qu'il s'agit d'un « constat implacable». En effet. Et vous ajoutez : «À certaines conditions, tout pourrait changer. » Quelles conditions ? Vous ne le dites pas. On se sent donc enfermé dans le désespoir et le renoncement.
Mon article consacré à la démographie dans le précédent numéro de la NRH ne doit surtout pas être interprété comme la prédiction d'une inéluctable disparition des Européens face aux populations du Sud. Le raisonnement et l'effort prospectif y sont menés en effet à politique constante, et sans prise en compte de bouleversements souhaitables en matière de politique familiale et d'immigration. Il est dit que si rien ne change, les Européens seront minoritaires dans ce siècle sur leur propre continent. Mais tout peut encore changer. Et si des déterminants pèsent sur l'histoire, nul ne peut prétendre pour autant réduire celle-ci au déterminisme. Ce sont d'abord les hommes et non les chiffres qui commandent l'histoire; bien souvent, des minorités résolues à faire basculer le cours des événements eurent raison de l'inertie des majorités, endormies dans le confort et l'égoïsme. Ce qui se passe actuellement aux Pays-Bas atteste de la possibilité du renversement des choses.
Pour la première fois, en 2005 le solde migratoire des Pays-Bas, État membre de l'Union européenne, est devenu négatif. Selon des chiffres officiels, 91000 étrangers, parmi lesquels de nombreux Européens (Polonais et Allemands), se sont installés dans ce pays, tandis que 110000 résidents ont émigré; plus de la moitié de ceux qui sont partis sont des Turcs, des Marocains, des Surinamais et des Antillais; l'autre moitié est formée de Néerlandais qui quittent un pays en perte d'identité et économiquement en crise. Deux causes principales expliquent, selon les analyses locaux, ce timide début de reflux: premièrement, le comportement de la population néerlandaise vis-à-vis de l'immigration a changé depuis les assassinats consécutifs de Pim Fortuyn en 2002 et du cinéaste Théo van Gogh en 2004, et il en résulte un fort accroissement du sentiment d'exclusion des populations immigrées; deuxièmement, le durcissement des conditions d'accès à l'État-providence commence à décourager les candidats à l'émigration.
Nous avons là un indice fort quant à la possibilité du retournement. Le réveil civilisationnel européen est un autre indice. Un réveil qui porte en lui un changement de perception et de comportement de l'Européen face à l'altérité. D'autre part, on peut prévoir les effets de la faillite programmée des systèmes sociaux ouest-européens écrasés sous le poids du vieillissement et de l'immigration.
Partant du diagnostic (mon article), on peut déduire une attitude de combat. Premièrement, que chacun soit, en chacun de ses dits et gestes, habité de la conscience d'appartenir à une civilisation menacée; deuxièmement, qu'il soit convaincu que l'histoire se joue sur le temps long, et que ce qui apparaît comme désespéré à l'horizon de notre mort ne l'est pas forcément pour nos descendants. Troisièmement, qu'il soit déterminé par une forte volonté de résistance. L'Européen doit devenir ce qu'il est fondamentalement, un homme qui prend en main son destin et refuse le joug des pensées fatalistes. De l'énergie et du courage qui se dégagera, sortira alors un formidable message collectif adressé à l'altérité: «Nous résistons, vous ne nous vaincrez pas.»
La pulsion vitale, la volonté natalitaire, est un autre volet de la résistance. À cet égard, le chiffre moyen de la fécondité des Européennes de souche ne doit pas voiler la réalité du terrain: dans certains milieux socio-économiques, la natalité s'est quasi complètement tarie, mais dans d'autres elle reste forte. Sur l'arbre européen, il y a autant de bois vert, très vert même, que de bois mort. Les moyennes nous feraient presque croire que l'arbre dégénère de manière homogène; effet trompeur des statistiques lorsqu'elles restent trop générales; le bois mort tombera et l'arbre survivra grâce à la vitalité de son bois vert.
Nous vivons, à l'heure où vous, cher lecteur, vous nous confiez vos doutes et où je vous réponds avec la ferme conviction du succès, une ère de profonds bouleversements identitaires. Partout dans le monde, l'identité revient. Du Tadjikistan, où l'on réveille l'indo-européanité, jusqu'à la Chine, qui retrouve son temps long, en passant par l'Amérique Latine qui revient à ses origines indiennes. N'ayons pas peur de ce que nous sommes !